Fédération des Arts, du Spectacle, de l'Audiovisuel et de la Presse Force Ouvrière

Déclaration de Françoise Chazaud, secrétaire générale de la Fasap-FO au cours du CNPS du 16 juin 2014

16.06.2014 | Communiqué FASAP-FO

Madame la ministre, vous appelez à la responsabilité : cela tombe bien, nous avons fait le choix de la responsabilité.

Ces dernières semaines, certains syndicats n’ont pas été tendres avec Force Ouvrière, nous reprochant notre signature le 22 mars dernier de la convention UNEDIC. Il est vrai qu’il aurait été plus facile de rejeter en bloc les négociations.

Ce régime interprofessionnel d'assurance-chômage, voulu et créé par les partenaires sociaux au premier rang desquels Force Ouvrière et son Secrétaire Confédéral André Bergeron, est un organisme financé par les cotisations des salariés et des employeurs.

Nous condamnons les calomnies, les mensonges et les commentaires violents sur la prise de position des signataires de l'accord du 22 mars.

S'il avait été possible, dans le cadre de cette négociation, d'effacer d'un trait de plume la dette de 22 milliards d’euros, il n'y aurait pas eu besoin de négocier ni de faire face à ces responsabilités.

Concernant les salariés du spectacle, du cinéma et de l'audiovisuel, notre volonté a été de sauver et de pérenniser les annexes 8 et 10 au sein du régime interprofessionnel d'assurance- chômage.

Nous ne pouvons que nous féliciter de la conclusion positive du rapport d’agrément de cette convention par la Direction Générale de l'Emploi et de la Formation Professionnelle (DGEFP), laquelle précise sans réserves que cette convention d'assurance chômage préserve le caractère spécifique des annexes 8 et 10 et ses règles fondamentales, tout en maintenant le principe de solidarité interprofessionnelle.

La DGEFP constate que les partenaires sociaux ont ainsi pérennisé les annexes 8 et 10, et que leurs conditions d'accès restent inchangées sans qu'aucun intermittent ne soit exclu du régime.

La DGEFP ajoute que les partenaires sociaux ont fait porter l'effort du redressement du régime d'assurance chômage sur les allocataires les mieux rémunérés, en évitant de mettre à contribution les artistes et les techniciens les plus précaires.

Madame la ministre, nous vous posons cette question fondamentale :
« Que se passe-t-il si les partenaires signataires se dégagent de leur responsabilité et ne parviennent pas à un accord ? »

Le gouvernement est-il en mesure de gérer ce déficit au moment où il impose son pacte de responsabilité, lequel s'apparente d'ailleurs à un pacte d’austérité ?

Nous assistons à une campagne de désinformation sur la réalité de l'accord. Par exemple, s'agissant du plafonnement allocations/revenus, la mesure ne concernera que 6% des allocataires.

S'agissant du différé, 53% des bénéficiaires des annexes 8 et 10 continueront à n'avoir aucun jour de différé et ce sera le cas pour 76% des artistes.

Sur les 47% des allocataires qui auront un différé, 44% des ouvriers et techniciens et 85% des artistes auront un différé de 12 jours au plus.

Le paroxysme de la désinformation est atteint lorsque des employeurs poussent les salariés à faire grève en leur communiquant des informations tronquées.

Ce qui vient de se passer au festival Rio Loco de Toulouse est un exemple, parmi d'autres, des manipulations et des actuelles atteintes à la démocratie. En effet, les salariés intermittents étaient appelés à se prononcer à bulletin secret sur la grève.

Or, plus de 65% des salariés intermittents ont voté contre la grève, mais ce vote démocratique a aussitôt été contesté par un groupe extérieur au festival, provoquant l'annulation de celui-ci.

Alors, de quoi parle-t-on vraiment ? Ce mouvement est-il une critique constructive contre la convention UNEDIC , ou bien plutôt un prétexte à une opposition gouvernementale systématique ?

Force Ouvrière rappelle que dans l’accord du 22 mars, il est prévu une concertation avec l’État sur les moyens de lutter contre la précarité dans les secteurs du spectacle, du cinéma, et de l’audiovisuel.

Nous vous réclamons donc une date urgente pour ouvrir ces débats.
Jean-Patrick Gille a eu raison d'affirmer dans le Nouvel Observateur qu'une renégociation de la convention d'assurance-chômage menaçait la pérennisation des annexes 8 et 10.

Concernant France Télévisions, nous regrettons l’imbroglio judiciaire Bygmalion qui frappe l’entreprise ; avant même la fin de l’enquête, des personnes sont gravement mises en cause par une partie de la presse, car toutes ces attaques en règle contre ces ex-dirigeants sont aussi des règlements de comptes. Nous posons la question : qui veut la peau de France Télévisions ? Nous avons bien compris que la succession de Rémy Pflimlin est déjà ouverte, et que désormais tous les coups sont permis ; mais nous sommes très inquiets des conséquences sur l’image de France Télévisions d’une telle affaire, et sur les répercussions budgétaires qui pourraient en découler. Les salariés de France Télévisions ne doivent pas être les grands perdants de cette affaire. Mais le constat que l’on peut faire, et que FO dénonce depuis des années et des années, c’est la facilité avec laquelle les dirigeants de France Télévisions délèguent tant leur pouvoir que nos financements à des sociétés extérieures, que ce soit pour du conseil, ou de la production télévisuelle.

Nous espérons que la loi permettra à l’audiovisuel public de bénéficier au moins des droits de ses propres créations.

Nous attendons également avec impatience les conclusions du rapport d’Anne Brucy, lequel aurait dû être présenté à la fin du mois de mai. Les représentants Force Ouvrière ont exprimé très clairement, après consultation de la commission, les souhaits d’une grande partie des salariés de France 3 : davantage d’émissions et de programmes régionaux ! Nous rejoignons ainsi les préconisations du rapport Travert qui indique que le potentiel des 24 antennes de proximité est largement sous-exploité. Nous désirons une relance des programmes de proximité en interne.
Concernant Radio France, nous souhaitons que l’accord d’entreprise puisse être négocié avant la fin de l’année, de façon à pouvoir entamer les négociations de convention de la branche.

Pour conclure, Madame la ministre, vous avez déclaré en souhaitant défendre la culture - et c’était la première fois qu’un ministre osait le dire ! - qu’un euro dépensé dans la culture rapportait 4 euros à l’État ; vous avez raison, la culture est génératrice de richesse, au même titre que l’industrie automobile.

Fort de ce constat, nous demandons au gouvernement de donner à votre ministère les moyens financiers de répondre à ses missions d'intérêt national.

Je vous remercie.

Françoise Chazaud

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