Fédération des Arts, du Spectacle, de l'Audiovisuel et de la Presse Force Ouvrière

Allocution de Françoise Chazaud, secrétaire générale, lors du CNPS le 30 juin

30.06.2015 | Communiqué FASAP-FO

Madame la Ministre, Mesdames, Messieurs,

Force Ouvrière avait demandé lors de la négociation de l'assurance chômage l'ouverture d'une "concertation avec l'Etat sur les moyens de lutter contre la précarité dans les secteurs du spectacle, du cinéma et de l'audiovisuel" :

comme l'avait déclaré Jean Claude Mailly "les annexes 8 & 10 devaient être maintenues et elles le sont. On ne peut pas rendre l'assurance-chômage responsable de la diminution des budgets de la culture, qui conduit les intermittents à galérer de plus en plus pour trouver un contrat".

Cette concertation, sous forme de mission, a été une bonne chose. Elle a permis de mettre à jour de nombreux problèmes rencontrés par les salariés intermittents et les employeurs. Elle a aussi permis de constater le bien fondé de la signature de Force Ouvrière. Les expertises ont démontré que la convention pour les annexes 8 & 10 était plus favorable que les "modèles alternatifs proposés."

Lors de la réunion du 4 juin au Conseil économique et social [et environnemental], vous avez exprimé clairement avec le ministre du travail votre volonté de réduire la liste des emplois ouvrant droit aux annexes 8 & 10 et les conditions de recours au CDD dit d'usage, en déclarant l'ouverture de négociations par branche comme l'avait décidé le 1er ministre.

Madame la ministre, Force Ouvrière ne renégociera pas la liste des métiers. Cette demande n'est pas acceptable. Supprimer des fonctions nécessaires à la création n'est pas la solution pour réduire la précarité. De même empêcher le recours au CDD dit d'usage c'est paralyser tout un pan du fonctionnement du monde culturel.

Par contre, proposer des contrats en CDi par des requalifications salariales reconnues est une bonne solution.

Madame la ministre, quand l'Etat actionnaire va-t-il enfin se décider à regarder en face la réalité dans tout l'audiovisuel public ?

Quand l'Etat, responsable des dérives de l'emploi des "permittents", réagira-t-il ?

Obliger de nombreux salariés intermittents à prendre un avocat pour obtenir leur CDi est insupportable.

La nouvelle Présidente de France Télévision jetée en pature à une certaine presse, relève d'une campagne de déstabilisation orchestrée contre France Télévision. Elle est doit cesser.

Elle est inquiétante pour les salariés.

Comment ne pas être angoissé quand on lit dans la presse qu'un rapport explosif à charge va sortir sur les comptes de France Télévision ?

Madame la ministre, vous êtes la ministre de tutelle, nous aimerions entendre de votre part un soutien.

J'ajoute, que durant 4 longs mois, jusqu'au 22 août, un tuilage entre le Président Pfimlin et la Présidente Ernotte est une bien mauvaise idée. Qui pourrait accepter d'aider celui qui a été votre concurrent ? Cette situation est inhumaine. Elle provoque des tensions au niveau des directions ce qui paralyse complètement les actions de l'entreprise, notamment celle du dialogue social.
Ces crispations descendent jusqu'à l'encadrement de proximité qui se pose des questions légitimes sur son avenir.

La conférence pour l’emploi sera-t-elle l'occasion pour votre ministère, de prendre des mesures concrètes et effectives en faveur de l’emploi, mesures que nous attendons tant la situation de l’emploi des artistes et des techniciens se dégrade.

Pour la première fois en 2014 l’emploi des artistes a reculé dans le secteur du cinéma, alors que les entrées ont battu de nouveaux records.

Les délocalisations sont toujours plus nombreuses. Quelles mesures entendez-vous prendre pour favoriser la relocalisation des tournages en France ?

A Radio France, l’emploi des artistes dramatiques a encore baissé et est tombé en 2014 sous le seuil de 9 000 services. Cette situation risque de s’aggraver en 2015 par la fermeture de deux des quatre studios dévolus à la production de fictions.

Au cours de la grève à Radio France, la direction s’était engagée à compenser toute fermeture de studio par une disposition d'un autre. Or à ce jour seule la direction de France Culture donne des éléments précis bien qu’encore non définitifs;

la direction de France Inter elle, n’en donne aucun.

La direction générale a renouvelé son engagement, mais le temps presse.

Mme la Ministre, par votre intervention, les deux orchestres de Radio France ont été préservés en tant qu’entités séparées ; nous vous demandons d’intervenir à nouveau pour garantir cette fois la réalisation des engagements quant au maintien de la production et du volume d’emploi, tant pour les artistes dramatiques, que pour les artistes bruiteurs, les réalisateurs, les musiciens et les techniciens.

Ces mesures immédiates, seraient de bonne augure avant la conférence pour l’emploi .

Dans le spectacle vivant qui relève de votre tutelle, c’est-à-dire subventionné, nous sommes en 2014 tombés également en dessous du seuil de 9 000h de travail en contrat direct, sur tout le territoire national et pour les 26 Centres Dramatiques Nationaux. L’accord de 2003 sur le volume d’emploi des artistes dramatiques n’est pas respecté. Aux représentants de votre ministère qui depuis 3 ans s’acharnent à dire que « si l’accord n’est pas appliqué c’est qu’il ne » serait « pas applicable », nous répondons que cet accord s’inscrit dans les missions de service public des Centres Dramatiques Nationaux dont la création et l’emploi direct doivent être au cœur de leur objet. L’Etat a la responsabilité de donner les moyens aux établissements afin qu'ils respectent l’accord et d'en contrôler l'application.

L’emploi dans le spectacle vivant dépend également des outils mis à disposition des équipes.

Or comment l’emploi peut-il être garanti lorsque votre ministère décide par exemple l’éviction d’équipes qui pourtant sont le fleuron du théâtre public d'aujourd’hui comme c’est le cas au Théâtre de l’Aquarium ou au Théâtre National Populaire de Villeurbanne.

Dans ce dernier cas nous ne comprenons pas une décision à l’encontre d’une direction qui pourtant est parmi celles qui respectent le mieux l’accord sur le volume d’emploi des artistes dramatiques que nous évoquions précédemment.

Dans un cas comme dans l’autre, la diversité des propositions, les chiffres de fréquentation, avec de petits moyens, ne méritent-ils pas au contraire d’être davantage soutenus ?

Même dans le secteur de la musique, où le Cdi d’artistes est largement présent, la souffrance est grande car il y a menaces sur les outils de production:

à Radio France la crainte de « redimensionnement » des orchestres est forte.

Suite à la réforme territoriale, le Conseil départemental du Maine et Loire menace de supprimer 464 000 euros au financement de l’Orchestre National des Pays de la Loire dont l’effectif a déjà été réduit de 105 à 93 musiciens.

Madame la Ministre, que voulez-vous faire des Centres Dramatiques Nationaux, des Opéra, des orchestres ? Que voulez-vous faire de tous les lieux dédiés à la création ? Car les « pactes culturels » où vous annoncez garantir les niveaux de financements de l’Etat peuvent-ils régler le problème de collectivités territoriales privées en 2015 de 11 milliards de dotations par ce même Etat ?

Maintenant, le temps de l'action est arrivé. La responsabilité de l'Etat est engagée. La conférence de l'emploi prévue en octobre doit être la sacralisation de la culture comme le Président de la République l'avait déclaré dans sa campagne. Sacraliser signifie aussi glorifier, honorer, respecter.

Merci.

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