La logique thatchéienne

Défense de l’outil public de production et de diffusion du spectacle vivant et de l’audiovisuel

Il est aujourd’hui difficile d’accréditer l’idée d’une fuite réelle des documents concernant l’audiovisuel public, en décembre dernier. La ministre de la Culture, Mme Nyssen, n’a jamais démenti le contenu du document « Contribution ministérielle aux travaux du CAP 2022 ». Pire, elle vient de demander aux présidents des entreprises audiovisuelles publiques des contributions agressives en termes de remise en cause des missions et des cahiers des charges établis depuis 1945. Qu’il s’agisse des Archives, dont le projet d’abandon de la récolte et de l’entretien déclenche l’indignation des historiens, des chercheurs, des enseignants, des Musées, de l’Audiovisuel public, présenté comme un monstre qu’il faudrait dépecer, la même « logique thatchéienne » devrait s’appliquer.

Pour les Centres dramatiques Nationaux et Scènes Nationales, fierté de la création théâtrale depuis 1947, le document Cap 2022, envisage froidement le retrait de l’action de l’État et le basculement des Centres Dramatiques dans le giron, de plus en plus appauvri, des « collectivités locales” (départements, régions, municipalités).

Le document s’en prend aux personnels décrits comme trop nombreux, aux accords collectifs régissant le travail dans les CDN et l’emploi des artistes. Selon une logique bien rodée, le document oppose les dépenses de création à la diffusion des spectacles, comme si une promesse d’augmentation des jours de diffusion pouvait représenter une perspective d’amélioration des conditions financières de la production ! L’ombre de la “Loi du marché” se profile. Les CDN ne sont pas des machines à faire de l’argent.

Pour diffuser, il faut aussi un budget. C’est donc un dispositif d’étranglement que le ministère veut mettre en place, d’où ne sortiront vivants que les spectacles à vocation commercial.

Si la politique préconisée par le ministère devait se mettre en place, nos CDN et Scènes nationales disparaîtraient dans des délais rapides, pour laisser place à une situation comparable à celle de l’Italie, où l’action publique en faveur du théâtre est éteinte depuis plusieurs années, et où la création subit un hiver prolongé.

Mais le ministère a songé à une reconversion pour les compagnies théâtrales privées de subventions, pour les artistes au chômage: un rôle de substitut des professeurs et instituteurs, par « l’éducation artistique et culturelle »: « placer l’éducation artistique et culturelle au cœur de nos politiques culturelles et en faire un levier de solidarité entre les habitants des zones les plus dynamiques et ceux des zones les plus fragiles. »

La ministre insiste : « développer le livre et la lecture »… Il s’agit bien, dans une perspective générale de réduction des moyens tant dans notre domaine que dans celui de l’Éducation Nationale, de remplacer les professeurs qualifiés, recrutés par concours, fonctionnaires d’État, par des artistes précarisés, dont la qualification n’est absolument pas comparable à celle des professeurs de Lettres et des instituteurs.

En ce qui concerne Radio France, les objectifs de Cap 2022 (réduction massive de la dépense publique, encouragement à la privatisation via l’externalisation) étaient déjà contenus dans les projets du PDG Mathieu Gallet, soutenus par la ministre Pèlerin.

Le document CAP 2022 propose froidement la suppression d’un des deux orchestres (entre autres attaques). Or ce projet de suppression d’un des orchestres était bien dans les intentions du PDG Gallet; la grève de 28 jours menée par les personnels l’en ont empêché. Il en est de même pour les projets d’externalisation de la surveillance, pour la suppression de nombreux studios, à la « faveur » des travaux dits de réhabilitation des bâtiments de Radio France, pour les projets de fermetures de stations locales du réseau France Bleu. La grève avait sérieusement freiné ces projets.

La ministre espère des propositions « audacieuses » de la part du PDG. Elle peut compter sur lui, en particulier dans le sens de la privatisation: dans un récent entretien au « Journal du Dimanche » (5 novembre), Monsieur Gallet n’y va pas par quatre chemins: « Les pouvoirs publics pourraient inciter les acteurs français, privés comme publics (on notera la hiérarchie, NDLR), à travailler ensemble. L’enjeu n’est plus France Télévision versus TF1 ou M6, ou France Inter versus Europe 1 ou RTL. »

Siège de france•tv
Siège de france•tv – © FO france•tv

Il s’agit d’une remise en cause, par tous les moyens, réductions et regroupements-fusions, préconisés par CAP2022. Les discours lénifiants sur « le recentrage sur ses missions pour l’audiovisuel public » ne sont qu’un leurre. À la mission noble d’informer, d’instruire et de distraire l’ensemble de la population, est accolé nécessairement, et historiquement, le statut des personnels de l’audiovisuel public, il faut des personnels de production et techniques qualifiés, des auteurs nombreux, aux personnalités marquées, des interprètes talentueux, des producteurs audacieux, des réalisateurs tout aussi audacieux et cultivés.

Pour notre fédération et ses syndicats, il ne peut y avoir d’accompagnement de tels projets de contre-réformes. L’heure est à l’information des personnels et des publics, et à la préparation des mobilisations unitaires. D’ores et déjà, à Radio France, la fermeture prévue de TOUS LES STUDIOS DE FICTION en septembre 2018, dans le cadre de la « réhabilitation », sans lieux de remplacement, est une perspective effroyable et inacceptable, contre laquelle nos syndicats se dressent. Ce qui a été obtenu il y a deux ans, il est possible de l’obtenir à nouveau !

Le ministère de la Culture veut une vente à la découpe des sociétés d’audiovisuel public. Le cadre d’une holding, projet central du gouvernement, permet un tel travail de destruction, en un temps qui peut s’avérer très court. Le fait de désigner la BBC comme exemple possible ne doit surtout pas nous endormir: il s’agit, pour ce gouvernement, de la BBC « new look », celle qui supprime des services entiers ou les vend au privé.

Pour ces raisons, pour la défense de l’outil public de production et de diffusion du spectacle vivant et de l’audiovisuel, la Fasap-Fo appellent les professionnels du spectacle à manifester

Lundi 14 janvier 2018 à 10h devant le ministère la culture, Place du Palais Royal

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